Un chez soi pour tous

La petite commune héraultaise de Viols-le-Fort accueille un foyer résidence pour des personnes en situation de handicap lourd. Pour elles, l’accès à un logement individuel est la plupart du temps impossible. Dans le village, les résidants des Grands Arbres ne vivent ni dans l’ignorance, ni dans l’exclusion.

Les maisons des Grands Arbres ont toutes une entrée individuelle équipée d’une rampe d’accès pour fauteuil roulant. À l’intérieur, la domotique permet l’automatisation et la sécurisation du logement indispensables à l’autonomie des habitants.

« Vous passez devant la salle polyvalente, sur votre gauche et c’est au bout. »  Dans ce quartier aux rues étroites, le village de Viols-le-Fort se perd dans la nature. Au milieu des chênes verts, les maisons plantent un décor brouillon. Le foyer logement « Les Grands Arbres » ne ressemble à rien d’autre qu’à un petit lotissement. Une rue centrale avec de part et d’autre plusieurs blocs de deux ou trois maisons accolées, de plain pied. L’esprit du hameau d’origine est bien là. Au centre, un bâtiment accueille le centre de soins. Et puis, tout autour, une garrigue touffue et enveloppante.

Espace XXI  : le début d’un rêve

Il a fallu un précurseur, du nom de Gérard Deguitre, lui même lourdement handicapé, pour lancer le défi de l’autonomie par le logement. Avec plusieurs amis pensionnaires du centre Propara à Montpellier, il lance en avril 1991 l’Espace XXI, un complexe de maisons individuelles entièrement domotisées, en liaison permanente avec un centre de soins intégré à la résidence. L’aventure est à la hauteur de la souffrance accumulée pendant toutes ces années de rééducation. Une chance, le Département soutient ce projet pilote dans l’Hérault et la commune de Viols-le-Fort l’accueille.

C’est un pied de nez envoyé à la gueule du handicap. Preuve en est, les 26 logements de l’Espace XXI ont un étage et sont tous équipés d’un ascenseur – comprenez « monte charge » –  alimenté par des batteries. « Pour la première fois de ma vie, je pouvais me séparer de mes parents et vivre la vie que je voulais » confie Raphaël Carré. Pour cet ancien résidant de l’Espace XXI, la vie a basculé en 1983. Il avait 16 ans. Raphaël fait partie des pionniers, Tétraplégique, il s’est lancé le défi d’exister, enfin. Il vit toujours dans ce petit T3 de 70 m2 de la rue des Cades qu’il partage avec sa femme, Michèle,  Leur oasis.

« Je suis resté deux ans à l’étage chez mes parents. Ça a changé ma vie d’avoir un logement.  »

Les Grands Arbres  : une mutation forcée

En 2001, l’Espace XXI devient le foyer logement « Les Grands Arbres » et se délocalise… juste à côté. Viols-le-Fort tient à ses handicapés. L’environnement naturel est le même  : calme et reposant.

Obsolescence des solutions domotiques, coûts de la mise aux normes du bâti, gestion défaillante de l’association  : l’aventure expérimentale du collectif d’handicapés prend donc fin. La société FDI Habitat récupère l’Espace XXI pour en faire des logements locatifs sociaux.

Dans la nouvelle résidence inaugurée « en grande pompe », les logements ont perdu leur étage tout en restant de taille équivalente. Les baux locatifs des résidants sont résiliés au profit de contrats de séjour. Aux Grands Arbres, vous êtes pensionnaires et non plus locataires. « Ils ne sont plus vraiment chez eux » affirme Raphaël Carré qui considère que le nouveau foyer a perdu l’esprit solidaire qui animait le projet initial. Seulement six résidants de l’Espace XXI ont déménagé pour les Grands Arbres.

Ambiance pluvieuse en cette après-midi de décembre. La rue du Dr-Jacques-Milane est d’un calme inquiétant, comme si personne n’habitait ici. Quelques voitures sont sagement garées devant les petites maisons mitoyennes. Les volets sont ouverts et laissent passer une pâle lumière intérieure. Chaque maison ressemble à sa voisine, dans la même monotonie qui caractérise ces groupes d’habitations sociaux réalisés à l’économie et sans passion.

Trente logements individuels inclusifs

Treize T2, treize T3 et quatre T4, la répartition des logements du foyer « Les Grands Arbres », géré par l’APARD du groupe Adène, mise sur la mixité. Bien que la plupart des résidants soient seuls, la vocation du centre est également d’accueillir des personnes handicapées avec leur famille, suite à un accident par exemple, le temps de trouver une solution pérenne. Chaque habitation bénéficie d’outils domotiques modernes permettant d’optimiser la gestion du domicile. Le foyer dispose également d’un centre de ressources avec une salle de kinésithérapie et une salle commune en accès libre. Les 14 infirmiers mis à disposition par le groupe Adène permettent de prendre en charge les soins 24h/24. « Un dispositif unique en France » précise Véronique Jacques, directrice des établissements médico-sociaux du groupe Adène.

Pour les pensionnaires des Grands Arbres, paraplégiques et tétraplégiques souffrant pour certains de déficiences mentales associées, l’« autonomie » et l’« indépendance » sont un combat du quotidien. « Sauf dans des instituts spécialisés, c’est compliqué de leur trouver une place ailleurs. » Les foyers logements, la plupart du temps destinés aux personnes âgées, adoptent un modèle collectif, entre EHPAD et « résidence séniors ». Le foyer « Les Grands Arbres » mise sur l’accès au logement individuel et aux soins « pour que chaque résidant puisse organiser sa vie de manière « autonome » ». Stéphane Renda, chef de service et responsable du foyer l’assure  : « c’est pour eux une vraie liberté ». Cette liberté, celle d’avoir une vie qui ressemble à une vie ordinaire. Celle de choisir l’heure à laquelle se coucher, déjeuner ou simplement se laver.

Au bout de la rue du Docteur-Jacques-Milane, plusieurs véhicules aménagés « PMR » attendent patiemment leur chauffeur. Certains résidants du foyer ont leur propre véhicule, Mais pour la majorité, l’accès au transport détermine une capacité d’autonomie et une vie sociale plus ou moins satisfaisante. Le village de Viols-le-Fort – 1 200 habitants – répond à leurs besoins essentiels de proximité et d’échanges avec l’extérieur. Quelques commerces, notamment le boucher Claparède qui propose aux pensionnaires du foyer des plats cuisinés à emporter. Des clubs et des associations locales dont le Wagon Bleu, club de véhicules anciens et de collection. Dans ce petit village du Grand Pic Saint-Loup, tout le monde connaît les résidants des Grands Arbres. Bien repérés et bien identifiés, ils s’intègrent dans une communauté villageoise habituée, depuis un certain temps, à la mixité sociale. Viols-le-Fort deviendrait-il un village inclusif  ? Dans la salle à manger des Carré, l’heure tourne. Derrière la grande baie vitrée, le jardinet plonge dans l’ombre. C’est bientôt l’heure des soins pour Raphaël. Cette petite maison de la rue des Cades, à Viols-le-Fort, lui a donné la force de vivre et d’exister. Un « chez soi » que tant d’autres handicapés recherchent.

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