La « Mér » défit le LIEN

Une ZAD est née pour s’opposer au projet routier du contournement nord de Montpellier. Quatre associations locales  se mobilisent autour de la création, sur le site, d’une Maison de l’Écologie et des Résistances. Ce militantisme nouveau basé sur la sensibilisation du public et sur la valorisation des espaces naturels et agricoles aura t-il du poids face au projet du Département  ?

Au bout du chemin, la barrière est visible : deux tasseaux de bois, une grosse chaîne pendante entre deux colonnes de parpaing. La chaise et le parasol ouvert dénotent dans cette entrée finalement peu accueillante. Ici, n’entre pas qui veut. Ici, c’est la ZAD de la « Mér », Maison de l’écologie et des résistances, créée contre le projet routier du LIEN, liaison intercantonale d’évitement nord. La nouvelle route doit s’installer entre les villages de Grabels et de Combaillaux, au nord de Montpellier, à quelques encablures de la Mosson. Les travaux ont déjà commencé avec le défrichement des collines boisées voisines. Face à l’arrivée prochaine des bulldozers, quatre associations locales – Extinction Rébellion, Action Non Violente – COP21, Greenpeace et SOS Oulala – ont commencé l’occupation d’un terrain. Ils investissent le site et son habitation depuis le 6 octobre dernier.

Après une entrée de ZAD pancartée et surveillée, le chemin arrive sur la Mér, la Maison de l’Écologie et des Résistances
Quatre associations pour un combat

L’entrée de la ZAD franchie, le chemin déroule son tapis vert jusqu’au devant de la petite maison. Toiture en tuile, murs crépis, cette bâtisse n’a vraiment rien d’une ruine, ni d’un squat. Isolée, au milieu des pins et des parcelles agricoles, la maison est située en plein milieu du tracé du LIEN, dernier tronçon de 8 kilomètres à réaliser entre l’échangeur de Saint-Gély Sud et l’A750. Le Conseil Départemental l’a acquise après que l’utilité publique du projet – DUP –ait été validée par le Préfet.

Fièrement déroulée sur la façade, une affiche indique « Mér ». Dès le matin et malgré le temps gris et pluvieux, l’animation règne autour de la maison. Les militants veulent créer un lieu ouvert à tous et à toutes, avec des événements, des rencontres, des expositions, des formations.

Dans le jardin, même mort, un arbre triomphe. Sur son tronc, un panneau affiche  : « Zone libre ». Dans cette ZAD, les travaux ne manquent pas entre l’aménagement et la décoration intérieure de la maison, l’entretien et le nettoyage du jardin. Elle doit avoir fière allure, cette « Mér ».. et il y a urgence. La désobéissance est à ce prix.

Le cœur battant de la ZAD

L’endroit est peut-être désuet mais il ne manque pas de charme. Dégagée des encombrants – les nouveaux occupants ont déjà fait le vide – , la partie arrière de la maison serait presque agréable avec sa terrasse ombragée et son petit jardin timidement fleuri. Mais, le moment n’est pas propice à la détente. La tension est là, bien palpable. La veille, eau et électricité ont été coupées par la Coopérative d’Électricité de Saint-Martin-de-Londres, à grand renfort de gendarmes. Après deux semaines de mobilisation, ils sont nombreux à occuper le site  : jusqu’à 20 personnes selon les jours, des membres ou non des quatre associations engagées dans le combat et au moins deux personnes en permanence sur place. La ZAD est ouverte à toutes les bonnes volontés… mais il faut quand même montrer patte blanche et adhérer sans sourciller aux objectifs militants. En tant que journalistes « non accrédités », nous ferons rapidement les frais de cette méfiance avec un cinglant « On vous demande de partir maintenant ».

Entre temps, Julie d’Extinction Rébellion, jeune femme timide mais engagée, nous amène au potager de la « Mér ». Qu’il semble ridiculement petit au milieu de la grande parcelle en friche ! Assurément, ce potager permacole ne produira pas beaucoup cet hiver. Mais pour tout ces jeunes zadistes, il témoigne d’autre chose  : la volonté d’ancrer le combat dans quelque chose de solide et de durable, le besoin d’enraciner leurs utopies et de les faire grandir, coûte que coûte.

Probable que les projets routiers du « monde d’avant », déconnectés des enjeux actuels, voient beaucoup de salades pousser sur leur tracé.

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