Hussam, maire sans frontière

Hussam Al Mallak cèdera son fauteuil de maire au soir du 22 mars prochain. Sans jamais renier son origine irakienne et en bon médecin qu’il fût, il aura donné 25 ans de sa vie à sa commune de Vailhauquès (Hérault). Portrait d’un élu pas comme les autres.

Il y a de la fierté dans le regard d’Hussam. Lui qui vient de si loin. La fierté d’avoir accompli l’impossible : quatre mandats de maire successifs menés « dans la confiance » et, parce qu’il fallait clore son engagement politique en beauté, une fonction de vice‑président du Grand Pic Saint-Loup chargé de l’aménagement du territoire. Il est encore tout étonné d’avoir pu atteindre un tel sommet.

Sans rien y connaître au départ, je deviens spécialiste du SCoT et du PLU !

Quatre mandats et sa commune s’est métamorphosée

Ses débuts en tant que maire, Hussam Al Mallak les fait dans une commune en plein bouleversement. Ce sont quatre hameaux agricoles nichés au pied d’une colline boisée, à une quinzaine de kilomètres de Montpellier, qui sont à l’origine de Vailhauquès. Mais le village grandit trop vite et sans âme. « Il fallait réussir quelque chose pour Vailhauquès. » Le nouveau maire médecin prend rapidement l’initiative de greffer un nouveau cœur au village. Et la commune change de visage. Inaugurée en 2021 après 16 ans de travaux, l’opération du « nouveau centre », « sa plus grande satisfaction », fait aujourd’hui référence. Elle comprend ce qui manquait le plus à Vailhauquès : une grande place qui s’anime les jours de marché, un parc pour déambuler tranquillement et loin des voitures, des logements sociaux… et une nouvelle mairie  !

Mais Hussam Al Mallak n’est pas qu’un maire bâtisseur. Face à l’explosion démographique de sa commune et sensibilisé par son beau-père viticulteur, il défend la ruralité et l’environnement. Il profite de son dernier mandat pour préparer le territoire – et les élus qui vont le succéder – aux prochains défis : l’adaptation au changement climatique, la préservation de la biodiversité, la sobriété foncière et encore l’abandon du « tout lotissement ».

De Bassorah à Vailhauquès, itinéraire d’un immigré d’Irak devenu maire (presque) malgré lui

Pour avoir été un maire aussi longtemps apprécié, Hussam Al Mallak a dû faire de son origine et de son parcours une force. Né à Bassorah, issu d’une grande famille, il quitte son Irak natal à l’âge de 17 ans. À l’époque, le pays est dirigé par une junte militaire très autoritaire et déjà, le coup d’état baasiste se profile à l’horizon. L’avenir s’assombrit, alors il laisse toute sa famille derrière lui mais à cette condition :

Si tu pars, c’est pour être médecin !

Hussam découvre la France entre les murs de la Faculté de Médecine, à Montpellier. Plus tard, l’amour guide ses pas jusqu’à Vailhauquès où il s’installe en tant que médecin de famille – « la plus belle aventure de ma vie » –, un tremplin idéal pour devenir maire. « Le point commun entre médecin et maire, c’est la proximité avec les gens. »

Lui qui a toujours revendiqué son origine – il refuse de franciser son nom lors de sa naturalisation – redoute de devenir maire. « Dans une commune encore très rurale comme Vailhauquès, être tête de liste avec ce nom, Al Mallak, paraissait très compliqué. » Les quelques réactions de mauvais goût – comme le nom « Bagdad » griffonné sur les panneaux d’entrée de village au lendemain de son élection – sont vite oubliées. Hussam l’humaniste, Hussam le bienveillant a déjà fait son œuvre pacificatrice. Et Vailhauquès peut se targuer d’être la commune du premier et unique maire d’origine irakienne en France.

Hussam Al Mallak a construit son parcours dans l’énergie du déracinement. Avec cette volonté de bien faire et de faire du bien. En puisant dans les valeurs sociales de son pays natal, l’hospitalité, la solidarité, il a donné à sa commune et à la France, son pays d’adoption, une vraie leçon de vie. Et une leçon politique.

Laisser un commentaire