Et de 5 ! 13 ans après la 4ème, Montpellier inaugure une nouvelle ligne de tramway. Elle reliera Clapiers à l’entrée Ouest de Montpellier. Son design « Feuille de Vie », un clin d’œil à l’ambition écologique de cette ligne longue de 16 kilomètres et censée faciliter l’accès aux espaces verts de la métropole.
Désormais, 57% des habitants de la métropole seront desservis en tramway, contre 50% auparavant. Bus, bustram et tramway effectueront 8% de service supplémentaire, passant de 12,9 millions à 14 millions de kilomètres annuels.
Avec cette 5ème ligne, Montpellier entend enfoncer le clou des mobilités décarbonées tout en continuant à transformer en profondeur le visage de la ville. En plus de requalifier les espaces urbains traversés (comme l’avenue Georges Clémenceau, méconnaissable pour qui l’a connu avec ses 25 000 véhicules/jour !), Montpellier peut se targuer d’être « la seule ville au monde où des œuvres d’art nous transportent » (dixit Michaël Delafosse). Et cela gratuitement !





Mais dans quelle mesure cette nouvelle ligne confirmera le bénéfice du « sans ticket » ? Car les critiques sur la gratuité sont nombreuses, à commencer par celles de la Cour des comptes qui, dans un rapport publié en novembre dernier, dresse un bilan bien mitigé du transport public gratuit à Montpellier : hausse de la fréquentation et saturation du réseau, absence d’impacts positifs sur la santé et l’environnement, une qualité perçue en baisse. « La gratuité est plébiscitée par les usagers réguliers, tandis que les habitants périphériques privilégient l’amélioration de l’offre pour favoriser le report modal. »
En s’appuyant sur les premiers résultats de son Observatoire des mobilités, Montpellier-Méditerranée-Métropole entend démontrer que la gratuité a du bon.
Entre juin 2019 et juin 2025, alors que la gratuité se mettait progressivement en place, la part de la voiture individuelle dans les déplacements métropolitains est passée de 70 à 51%. On peut toutefois constater que si les Montpelliérains sont de plus en plus nombreux à laisser leur voiture au garage, ce n’est pas qu’au profit des transports en commun dont l’usage n’a augmenté que de 5% sur la même période. On apprend que c’est la marche à pied (en progression de 17 à 28%) et le vélo (en progression de 4 à 6%) qui progressent le plus notamment sur les trajets courts.

Les données de l’Observatoire des mobilités montrent que le nombre de déplacements de courte distance (jusqu’à 3 kilomètres) en bus ou en tramway a diminué. Et c’est bien sur les distances « intramuros » (comprises entre 4 et 8 kilomètres) que le report modal entre voiture individuelle et transport en commun a le mieux fonctionné. La gratuité a bien contribué à ce report modal.
Malheureusement, ce report modal ne se vérifie pas encore sur les déplacements plus longs (au-delà de 11 kilomètres), là où l’usage des transports en commun ne progresse pas ou peu et reste marginal par rapport à la voiture. Réserver la gratuité aux seuls habitants de la métropole a donc peu de sens au regard des objectifs environnementaux recherchés. Comme le souligne la Cour des comptes, « les déplacements des non-résidents de la métropole, souvent plus longs et réalises en voiture, génèrent des émissions importantes et contribuent à la congestion routière, en particulier sur les axes centre/périphérie. » Il est donc temps que la stratégie globale des mobilités, sur la gratuité comme sur le financement des réseaux, ne soit pas limitée à la seule métropole de Montpellier et intègre les collectivités voisines (EPCI). Mais ça, c’est une autre histoire !