L’urbanisme au défi de l’inflammabilité des territoires

D’après les prévisions des scientifiques de l’INRAE*, les risques de feux de forêt devraient augmenter de 13 à 22 % en France, notamment sur l’arc méditerranéen considéré comme l’un des épicentres mondiaux de la surchauffe planétaire. Alors que faire dans ces territoires menacés si ce n’est repenser l’urbanisme ?

Conséquence directe du chaos climatique avec ses canicules et ses sécheresses à répétition, les incendies de forêt auront marqué l’été 2025. Dans l’Aude notamment où le massif des Corbières a été ravagé par un mégafeu cernant de nombreux villages et dévorant près de 17 000 hectares de végétation.

Face à cette menace grandissante, c’est bien l’habitabilité des territoires ruraux méditerranéens qui est questionnée. Villages, hameaux, habitations isolées… tous ces lieux de vie sont aujourd’hui confrontés au déséquilibre accéléré des milieux qui les entourent : déprise agricole, arrachage des vignes, multiplication des friches inflammables, colonisation des espaces naturels par des espèces pyrophiles comme le pin, disparition des chênaies protectrices… Cette dynamique de l’inflammabilité ne date pas d’hier mais elle est aujourd’hui amplifiée par l’accélération du dérèglement climatique.

On peut pester contre ces documents d’urbanisme qui, depuis plus de 40 ans, ont délibérément planifié l’abandon des terres agricoles… et l’étalement urbain. Aujourd’hui, seule une application stricte de la loi « ZAN » [zéro artificialisation nette] pourrait contenir l’étalement urbain et réduire la vulnérabilité des zones habitées.

Globalement, ne faudrait-il pas passer d’une logique purement planificatrice à une logique de gestion ? Une gestion opérationnelle du territoire, ajustée en continu à la nouvelle géographie du risque.

Le temps de la planification ne semble plus adapté à l’urgence climatique.

Il faut inventer un urbanisme résilient  : limiter la constructibilité pour assurer l’habitabilité des territoires, faire de l’agriculture un levier majeur de gestion et de protection face aux mégafeux.

Pour ne pas voir notre arrière-pays méditerranéen devenir un territoire de cendres, les solutions existent  :

  • recréer une mosaïque paysagère et agricole hétérogène (en préservant le vignoble pour son rôle de coupe-feu, en développant de nouvelles cultures maraîchères adaptées au changement climatique) ;
  • développer et soutenir les filières agro-sylvopastorales afin d’entretenir les milieux  ;
  • lancer l’élaboration de plans de gestion antifeu intégrant, par exemple, les pratiques traditionnelles de brûlage agricole qui permettent de débroussailler les espaces boisés  ;
  • recréer des lisières séparant franchement les espaces urbanisés des zones boisées.

Dans un article de Médiapart, le paysagiste Jordan Szcrupak précise ce principe de lisière qui pourrait être mis en œuvre dans les PLU(i)  : « Historiquement, les noyaux urbains en Méditerranée étaient entourés de ceintures vertes de maraîchage puis de parcours pastoraux qui protégeaient les habitants du feu. On pourrait penser à la création de jardins nourriciers en terrasse ou de systèmes agroforestiers à base de châtaigneraies ou de vergers qui peuvent modifier les trajectoires de propagation d’un incendie ».

* INRAE : Institut National de Recherche pour l’Agriculture, l’Alimentation et l’Environnement

Photos ULRICH LEBEUF/MYOP POUR LE MONDE

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