À qui appartient ce boisement ?

En parcourant le rapport de la commission d’enquête publique sur le projet de PLUi-c de Montpellier, parmi les recommandations émises, je trouve celle-ci :
« Établir toutes les nouvelles créations d’EBC [ndlr : espace boisé classé] et/ou d’EVP [ndlr : espace vert à protéger] en étroite collaboration avec les propriétaires des parcelles privées. » En fouillant plus précisément le rapport, je trouve une autre rédaction plus explicite encore : « la CE [ndlr : commission d’enquête] recommande qu’à l’avenir toute création de zone EBC ou EVP sur des parcelles privées le soit avec l’accord des propriétaires. »

Je m’interroge à propos de cette recommandation – non pas sur ce qu’elle révèle au fond, à savoir l’insuffisance d’explications et de justifications concernant la création des dits EBC/EVP – mais sur ce qu’elle sous-entend : le caractère absolu donné à la propriété privée, une forme de renoncement à l’un des principes fondateurs de l’urbanisme : le territoire est un patrimoine commun.

Les heureux possesseurs de ces boisements comprendront que nul ne peut être propriétaire absolu des choses. Même clôturée, leur propriété – leur espace vert – est plus quelque chose qui les relie aux milieux naturels et au paysage environnants que quelque chose qui les en sépare. C’est le philosophe Pierre Crétois (dans un texte édité par Socialter) qui rappelle ainsi le caractère écosystémique des droits de propriété. « Les reprendre dans toute leur relativité est autant une nécessité vitale qu’une obligation morale. »
Ainsi, les EBC/EVP du projet de PLUi-c de Montpellier métropole ont cristallisé assez de critiques [ils sont à l’origine de 17 % de l’ensemble des avis défavorables – 30 % sur la seule ville de Montpellier] pour inquiéter la commission d’enquête. Pris isolément, sans se référer à une vision écosystémique globale du territoire, ces EBC/EVP ont plus été perçus comme une atteinte au bien propre que comme la préservation du bien commun. Au sujet de l’appréciation de ce « bien commun », la commission d’enquête a par ailleurs souligné, à juste titre, l’absence dans le projet de PLUi-c d’une OAP dédiée aux continuités écologiques… pourtant obligatoire.

Il n’est pas question de remettre en cause ces fameux EBC/EVP. Et aberrant de vouloir seulement les définir « avec l’accord des propriétaires ». Peut-on imaginer répondre aux adaptations rendues nécessaires par les crises écologiques et par le changement climatique en s’interdisant de faire sauter ce verrou majeur que constitue la propriété privée ? Cette question encore très taboue se pose – ô combien difficilement – à tous les « faiseurs de PLU(i) ».

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