« Un pavé dans la mer », le rapport de la Cour des comptes sur le littoral méditerranéen publié il y a quelques jours !
L’institution y dénonce une forme d’insouciance des collectivités locales qui « (…) n’ont pas encore pris la pleine mesure des conséquences de l’exposition de leurs territoires, d’une part aux risques liés à la mer et aux inondations, d’autre part à la mobilité prévisible du trait de côte, phénomènes amplifiés par les effets du changement climatique ».
Et quand ces mêmes collectivités prennent la mesure des enjeux, elles se heurtent à une insuffisance de moyens pour s’engager dans des actions concrètes comme la relocalisation de campings ou l’acquisition et la destruction de biens immobiliers directement exposés.
Plus grave, la Cour des comptes dénonce un mode de développement du littoral qui n’est toujours pas remis en cause alors qu’il est inadapté, toujours basé sur d’inébranlables certitudes (l’attractivité du bord de mer, l’économie maritime). Comme si de rien était, on continue à « miser gros » sur un territoire pourtant de plus en plus vulnérable et menacé.
Le rapport donne l’exemple de l’aéroport international de Montpellier Méditerranée, une importante source de recettes fiscales pour les collectivités locales. L’aéroport est limitrophe de l’Étang de l’Or, situé à très faible altitude et donc particulièrement exposé aux conséquences du changement climatique. « Il serait submergé pour moitié dès le scénario d’élévation du niveau de la mer de 50 centimètres ».
De même, du Grau-du-Roi à Palavas, le marché de l’immobilier ferme les yeux face aux risques d’érosion du trait de côte et d’élévation du niveau marin.

Zones exposées à une élévation du niveau de la mer de 50 cm (source : BRGM)
N’y aurait-il pas un déni propre au littoral ? La méconnaissance du risque et surtout de ses impacts, notamment financiers, est pointée du doigts. Les estimations fournies par le Cerema ont pourtant de quoi inquiéter : dans l’Hérault, l’impact économique des inondations et de la submersion marine sur le patrimoine bâti des communes les plus exposées est évalué à 1,5 M€ à l’horizon 2050 et à 2,7 Md€ (sic) à l’horizon 2100, quand une grande partie des zones basses du littoral (dont le lido aujourd’hui en partie urbanisé) sera submergé.
Face aux scénarios de submersion pourtant connus, la Cour des comptes dénonce l’attentisme des pouvoirs publics locaux et régionaux. Dans les documents de planification notamment qui « (…) traitent peu ou de manière imprécise, sans objectifs chiffrés, de la surexposition du littoral méditerranéen aux risques liés à la mer et aux inondations et n’intègrent pas la recomposition spatiale, qui constitue pourtant l’un des leviers à mobiliser à plus long terme. »
Les actions des communes littorales sont également jugées trop timides et dispersées, sans solution crédible. On préfère toujours les solutions efficaces seulement à court terme comme l’entretien des ouvrages de protection ou l’ensablement des plages.
Pour le littoral héraultais confronté – plus qu’ailleurs – aux risques de submersion marine et d’inondation, un changement d’échelle s’impose.
Entre la Petite Camargue et Sète, sur à peine 50 kilomètres de linéaire littoral et rétro-littoral, 4 EPCI et 68 communes exercent leurs compétences à travers des documents de planification élaborés à des échelles littorales trop peu pertinentes. Dès lors, quels desseins de recomposition spatiale, quel projet d’adaptation ambitieux et réaliste pour le littoral ?