Au soir du 9 juin, dépité, j’observe la carte des résultats des élections européennes. Je zoome du côté de l’Hérault. Au milieu d’une vaste étendue brune (la couleur de l’extrême droite), émerge une petite forme verte, à peine visible.
La seule à rester verte, c’est Celles. Ici, les élections européennes ont placé la liste d’Europe Écologie en tête avec 45,5 % des suffrages. Loin devant le Rassemblement National (4,6 % des votants).
Celles fait figure d’exception et de symbole. Son histoire – celle d’un village promit à la submersion – alimente l’idéal d’une écologie salvatrice dont pourraient s’inspirer bon nombre de territoires. Menacé de disparition lors de la création du lac du Salagou en 1970, abandonné, pillé, ruiné puis sauvé in extremis des eaux* et enfin ressuscité, le petit village de Celles montre à son échelle et à sa manière comment l’écologie – la vraie – n’est pas qu’une « utopie réalisatrice ». C’est aussi un rempart contre le vote d’extrême droite.
Pour Celles, l’impossible est devenu réalité. Elle fait de la décroissance un art de vivre et construit depuis plus de trente ans les bases d’une écologie du bon sens.
Ici, pas de spéculation. Dans le village, il n’y a que des propriétés d’usages et aucune vente de biens immobiliers. Chaque réhabilitation de logement est accompagnée de la création d’une activité professionnelle permanente et durable.
Le village favorise la mixité sociale, intergénérationnelle et culturelle. Il accueille un lieu unique ouvert à tous avec un commerce non lucratif dont l’organisation est réglée collectivement par les habitants. Et malgré la pression touristique, le village veut rester accueillant et libre d’accès tout en préservant les habitants et le paysage.

Celles qui a connu le chaos (celui qui nous guette) s’est réinventée un mode de vie à la fois innovant et alternatif « tendu par le désir d’un monde encore à venir. »
* En 1996, le Département fixa définitivement la côte maximale des eaux du lac à 139 mètres, soit 4 mètres plus bas que le village.
